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jeudi 5 juin 2014

Grand prix de Montréal : des retombées économiques exagérées?

Mise à jour
 
L'avenir du Grand Prix du Canada est officiellement assuré pour les dix prochaines années. Une entente est intervenue entre les trois paliers de gouvernement (Ottawa, Québec et Montréal) et le responsable de la commercialisation de la F1 Bernie Ecclestone.
Pour que le Grand Prix du Canada puisse renouveler son contrat, M. Ecclestone avait posé quelques conditions, dont la rénovation des installations évaluée entre 25 et 40 millions de dollars. Les trois paliers de gouvernement ainsi que Tourisme Montréal devront verser une contribution annuelle à la FOM, société d'exploitation et d'organisation de Bernie Ecclestone, de 15 millions, indexée de 2 % par année. Tenez-vous bien, cela fait au total plus de 187,2 millions de dollars sur 10 ans, excluant les rénovations, dans les poches de Bernie pour maintenir le show de boucane à Montréal. Autant d'argent des contribuables dans un événement qui peut se rentabiliser tout seul? Parle t-on toujours d'austérité?
 
NB. Les références sous forme de liens sont marqués en bleu

 
Le Grand prix de Montréal est un événement qui a des retombées touristiques et économiques acceptables, mais il coûte très cher au contribuable moyen qui n'y a pas accès et entraîne aussi d’importants coûts sociaux et environnementaux difficiles à chiffrer. Ces retombées économiques justifient-elles les injections croissantes de subventions pour soutenir une industrie de luxe qui ne profite qu’à une minorité de fortunés?
 
Les retombées économiques bien circonscrites
Les commerçants montréalais vont empocher plusieurs dizaines de millions de dollars dans les prochains jours avec la tenue du Grand Prix du Canada

Sylvain Lefebvre, directeur du Groupe de recherche sur les espaces festifs (GREF) à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) estime les retombées totales à 75 M$. Les hôteliers, les restaurateurs et les détaillants de produits de luxe se retrouvent parmi les commerçants qui brasseront d’excellentes affaires avec le Grand Prix. Une étude de la banque ING arrive à un résultat similaire, 74M$.


Tourisme Montréal évalue que 20% des dépenses touristiques sont réalisées dans le secteur de l’hébergement, 25% dans le domaine de la restauration, 24% dans celui des transports alors que 10% des dépenses sont liées à l’achat de billets et 21% à des emplettes dans des commerce de détail.
Est-ce que le passage du grand cirque automobile représente une vitrine internationale aussi bénéfique qu’on le prétend?

Certains spécialistes de Marketing estiment que le fait que pendant deux heures, 600 millions de téléspectateurs dans le monde vont entendre le nom de Montréal aux cinq minutes, décuple la notoriété de la ville. Mais le fait que je regarde le Grand prix de Bahreïn, par exemple, n’implique pas nécessairement que je connais en profondeur les réalités et les atouts de ce petit royaume. Les images qui retiennent mon attention sont majoritairement celles de la piste de course et des bolides et vaguement quelques zooms sur la ville de Manama.

Des retombées économiques surévaluées

Les limites de l’évaluation des retombées économiques des grands événements touristiques sont connues. Chaque organisateur a tendance à gonfler les chiffres afin de justifier l’octroi de subventions par les gouvernements.
Par exemple, es recettes fiscales potentielles du GP de Montréal sont calculées à partir des dépenses de l’ensemble des touristes attirés par l’événement. Hors. selon les statistiques officielles, seulement 40% de ces touristes proviennent de l’extérieur du Québec. On peut supposer que les 60% de Québécois auraient dépensé leur argent ailleurs au Québec, s’ils ne venaient pas au GP de Montréal (cinéma, restaurants, voyage en région, etc) – et créeraient autant de retombées économiques et d’emplois. Difficile de parler de gains économiques réels pour la province dans ce cas.


Ces retombées sont largement surévaluées car elles font l'hypothèse que l'argent dépensé par les résidents du Québec n'aurait pas été dépensé ailleurs. Elles font aussi l'hypothèse qu'en l'absence du GP, tous les hôtels et restaurants auraient été complètement vides. Ce qui n’a pas été le cas en 2009 (année sans GP) malgré une légère baisse.
Par ailleurs, « les évaluations des retombées économiques des grands événements touristiques ne font aucune mention des subventions allouées et des dépenses d'infrastructure. Pour avoir une idée des retombées nettes, il faudrait tenir compte de ces dépenses publiques » soutient Claude Montmarquette, pdg du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO), vice-président, Politiques publiques et professeur émérite à l'Université de Montréal.

Des retombées soutenues fortement par l’argent des contribuables

À l'heure actuelle, les trois paliers de gouvernement (Ottawa, Québec et Montréal) déboursent 15 millions $ CAN par an pendant 5 ans, soit une bagatelle de 75 millions pour la tenue du GP à Montréal.
En matière de recettes fiscales (impôts, taxes de vente, etc.), on anticipait, à partir de savants modèles mathématiques, des revenus annuels de 10,2 millions pour Québec et de 7,8 millions pour Ottawa.


L'entente actuelle prendra fin après le Grand Prix de 2014. Si la Ville de Montréal souhaite accueillir le Grand Prix du Canada au-delà de 2014, elle devra se soumettre aux exigences du patron de la Formule 1, Bernie Ecclestone qui a la réputation de manipuler et de tenir les politiciens par les couilles. Le grand manitou exigerait que la Ville effectue la rénovation des installations du Circuit Gilles-Villeneuve évaluée entre 25 et 40 millions de dollars avant de parler d'un éventuel renouvellement de contrat, qui pourrait se prolonger jusqu'en 2024.

Par ailleurs, la Ville de Montréal déploie à chaque année, un impressionnant arsenal de sécurité afin d’assurer la sécurité des amateurs de la F1. Cette overdose de sécurité à un coût qui se chiffre en millions qu’il faudrait également déduire des fameuses retombées économiques.

La subvention d'une industrie gangrenée par la fraude fiscale

C’est beau de vendre les retombées fiscales du week-end du Grand Prix. Mais le problème, c’est que les contribuables subventionnent une industrie qui a une propension ancrée à jouer au cache-cache avec le fisc. En effet, l’industrie de la restauration et de de l'hôtelerie est en deuxième position en matière de fraude fiscale après le secteur de la construction. Selon une étude du ministère des Finances du Québec, le taux d’évasion fiscale de ce secteur était de 16,2 % en 2002, ce qui représentait, cette année-là, une économie au noir de 1,3 milliard de dollars et des pertes fiscales de 303 millions.
 

Le détenteur des droits commerciaux dérivés de la F1, Bernie Ecclestone, est un grand utilisateur des paradis fiscaux. Le journaliste suisse Sylvain Besson, dans sa recherche intitulée L’argent secret des paradis fiscaux citant notamment The Economist, révèle que les droits d’exploitation de la F1 sont consignés sur un mode emboîté impliquant une entreprise anglaise, différents holding à Jersey et un avocat suisse. Les jeux d’écriture comptable que cet agencement permet mettent les milliards des Grands Prix à l’abri de l’impôt. D’ailleurs, Bernie E. n’a pas hésité à faire comprendre clairement à nos décideurs son aversion à payer des impôts dans les pays qui accueillent son show de boucane.

Au moment où la morosité économique menace, où l’heure est aux choix et aux sacrifices, est-il si avantageux que les contribuables subventionnent le Grand Prix à coup de dizaines de millions de dollars par l’entremise des fonds publics, au bénéfice de quelques entreprises privées?

Un événement inaccessible pour la grande majorité


Contrairement aux grands festivals qui sont gérés par des organismes sans but lucratif et qui privilégient l’accessibilité à la grande majorité par l’offre d’innombrables activités gratuites, le GP du tout puissant Bernie est un événement réservé à une minorité de personnes fortunées. Il est évident qu’une famille de la classe moyenne gagnant moins de 40 000$ a d’autres priorités de dépenses que l’achat d’un billet qui peut coûter de 200$ à 600$ pour assister à une course de formule 1. Cette inaccessibilité fragrante est un autre facteur qui milite contre la subvention de cet événement avec l’argent de la classe moyenne. 
Pendant qu’on annonçait un soutien annuel de 15M$ sur 5 ans au GP, Québec injectait seulement 12,5M$ dans le soutien financier de 150 événements à travers le Québec (ce montant n’inclut pas la part du gouvernement fédéral). Il est quand même curieux de remarquer un niveau de subvention aussi faible pour 150 festivals offrant des semaines voir des mois d’activités gratuites à des centaines de milliers de québécois alors que le GP encaisse 15M$ pour une seule activité gratuite (portes ouvertes) qui attire à peine 12 000 personnes.
 
Vitesse, carburant et décibels


Les bolides peuvent atteindre les 350 km/h en piste. Ils consomment 1 litre de carburant au kilomètre ; donc 100 litres/100 kilomètres, ce qui est plus de dix fois supérieur à la consommation de nos voitures. Le parcours de course complet du circuit Gilles-Villeneuve est d’environ 300 km : chacune des 24 voitures de la compétition consommera donc 300 litres de carburant pendant la course, pour un total de 7200 litres de carburant consommé en tout par course. De quoi faire 120 allers-retours Québec-Montréal avec une voiture conventionnelle!
Le bruit assourdissant des moteurs rutilants sur la piste atteint les 150 décibels : plus de 60 décibels au-delà du seuil de tolérance humaine (90 décibels) et plus de 30 décibels au-delà du seuil de la douleur (120 décibels).

La question environnementale

Au terme du week-end que durera le Grand Prix, près de 10 000 tonnes de gaz à effet de serre auront été libérées dans l’atmosphère. Ce qui, en soi, n’est pas si impressionnant, puisque c’est à peine supérieur à l’émission de GES aux heures de pointe d’une journée à Montréal. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les principaux responsables ne sont pas les bolides sur la piste mais bien les spectateurs ! En effet, tout événement de masse est très polluant, et les spectateurs – leurs déplacements, leurs consommations accrues en tout genre, etc. – sont responsables de plus de 60% de l’émission de gaz à effet de serre d’un événement comme le Grand Prix.

En conclusion, le Grand prix de Montréal, ce sont des retombées économiques surévaluées profitant à une minorité, des subventions gouvernementales massives sous la menace du roublard et autocrate Bernie Ecclestone, d’importants coûts d’infrastructure et de sécurité, des impacts sociaux et environnementaux néfastes mais difficiles à chiffrer, beaucoup de vitesse et de décibels pour 3 jours de plaisir. 
Ah, soyons honnête, c’est aussi quelques activités sociales pour ramasser de l’argent aux hôpitaux pour enfants de Montréal, histoire de se purifier un peu la conscience après tant de débauche, d’abondance et d’opulence. Amen!

Vroum Vroum Vroum ! Place au spectacle !

12 commentaires:

  1. Superbe article, merci! Cependant, la citation des sources utilisées serait la bienvenue.

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    1. Si nécessaire, les sources sont intégrées sous forme de liens web dans le texte. Parfois, ce n'est pas très visible, je les ai marquées en bleu pour un meilleur contraste.

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  2. Et les gros shows rock, ça coute rien? Les vacances à la plage? on y vas en auto, on mange, etc. Pollution. Ça coute quelque chose car les gouvernements doivent construire des routes, la police, les douaniers si on vas aux USA, etc Rien de gratuit pour la société.
    Conclusion, restons à la maison, ne pas péter et rien faire est préférable.

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  3. "Les hôteliers, les restaurateurs et les détaillants de produits de luxe se retrouvent parmi les commerçants qui brasseront d’excellentes affaires avec le Grand Prix."
    Une fois que les recettes fiscales sont soustraites des retombées, il reste quand même que ces hôtelies, restaurateurs et détaillants de produits de luxe versent des salaires à leurs employés. Ces derniers auront un moyen de subsistance autre que l'assurance-chômage et le bien-être social. Même si les profits des riches commerçants restent dans leurs poches, il en reste quand même quelque chose.
    Gain net pour le Québec.

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    1. Ce que vous écrivez est relativement vrai. Mais ce qui remis en cause, c'est l'ampleur exagérée des retombées. Est-ce qu'elles justifient une subvention de 15M$? En d'autres termes, est-ce que nous ne payons pas trop cher les fameux salaires versés aux employés pendant les 4 jours du GP.

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    2. Vous parlez des employés des hôteliers, restaurateurs et détaillants de produits de luxe? Ou de leurs patrons? Parce que je doute que les employés des secteurs de l'hotellerie, de la restauration et de la vente au détail soient trop payés. La question serait plutot de savoir comment faire autant de retombées avec les 15M$ du grand prix.

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    3. Vous ne comprenez pas ce qui est écrit. Ce que Monsieur vous explique, c'est que les promoteurs du GP exagère les retombées économiques de leur événement pour justifier des subventions (notre argent)à une entreprise privée Octane et un promoteur véreux Bernie. 15M pour 4 jours d'activités. Même le Festival de Jazz, un OBNL n'a pas le 1/4 de ca pour 2 semaines d'activités. Sans oublier que les secteurs de l'hôtelerie et de la restauration ne déclarent pas tous leurs revenus. On sait comment ca marche dans ces secteurs là (au noir). Bref, on ne dit pas que le GP n'apporte rien (l'article reconnait certaines retombées du GP) mais il faut arrêter de beurrer épais.

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  4. Voici un nouvel article de la Presse qui appuie votre thèse.

    Grand Prix du Canada: gonflées, les retombées?

    L'article énonce que l'évaluation des retombées économiques du GP par le ministère des finances est bancales et représente quasiment le double de l'évaluation du GP australien qui est comparable à celui de Montréal à divers niveaux.
    http://affaires.lapresse.ca/economie/quebec/201306/05/01-4658239-grand-prix-du-canada-gonflees-les-retombees.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=lapresseaffaires_LA5_nouvelles_98718_accueil_POS20

    Max Lavoie

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  5. Si le GP a besoin des fonds publics pour fonctionner, comment M. Dumontier (promoteur du GP), peut'-il justifier l'achat d'une belle Ferrari toute neuve? Difficile à comprendre. Si le GP fonctionnait seulement avec de l'argent de commanditaire et pas un sous des gouvernements, M. Dumontier pourrait en acheter une neuve tous les ans s'il le voulait et ça ne regardait personne. Mais dans ce cas si, je trouve ça douteux.

    Autre point, pour quelle raison depuis le retrait d'Air Canada comme commanditaire en titre du GP, aucune autre compagnie ne c'est intéresser d'en faire l'acquisition? Peut-être que nos grosses compagnies ne pensent pas que ce soit un bon investissement, si c'était bon, ça ferait longtemps qu'une compagnie serait devenue commanditaire en titre du Grand-Prix. Donc, si nos entreprises ne voient pas le GP comme un bon investissement pourquoi alors les gouvernements y mettent notre argent? Ça aussi c'est difficile à comprendre, n'est pas!
    Merci

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    1. C'est ca qui est drôle et paradoxale en effet. Les promoteurs disent que le GP est rentable mais ils ont besoin des Millions de dollars pour remplir les poches de Bernie et s'enrichir en parralèle. L'évaluation des retombées est fantaisiste et peu fiable. Les grands événements de MTL sont gérés par un mix douteux et incestueux de Privé-OBNL qui permet à quelques individus futés de s'en mettre plein les poches et ce légalement : Grand Prix - Dumontier, Groupe Juste pour rire(privé)- Festival Juste pour rire (OBNL), Spectra (Privé) - Festival de Jazz, Franco et Mtl en lumière (OBNLs). C'est beau les retombées gonflées mais à quel prix pour les contribuables.

      F. Santos

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    2. C'est vrai que c'est paradoxal de parler de rentabilité pour un événement de 4 jours bourrés de subventions. Et dont les retombées surévaluées ne profitent qu'à une minorité. On ne peut pas dire que les secteurs de la restauraton et de l'hôtelerie créent des emplois à 60 000 $.

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  6. On les voit poser fièrement à coté de Bernie E. C'est extraordinaire d'avoir payé moins que Bahrein, Dubai et autres États qui sont prêts à toutes les folies de pétrodollars pour avoir un événement de luxe, n'Est-ce pas? Nos dirigeants ont de drôle de priorité. Autant de millions pour un événement de 4 jours en parlant de création d'emplois, c'est vraiment nous prendre pour des caves. Une job d'une fin de semaine, tout le monde en veut.

    Jean-Robert D.

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