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jeudi 26 juillet 2012

Le Truvada, un vrai remède contre le SIDA ou un leurre ?


J’avoue que je ne comprends pas l’idée d’orienter les investissements de recherche vers la découverte d’un médicament de prévention contre le SIDA, à part celle de remplir les poches des compagnies pharmaceutiques. On ne parle pas ici d’un vaccin contre le SIDA qui pourrait aider à sauver des millions de personnes dans le monde mais d’une pilule à prendre avant tout rapport sexuel jugé risqué. Certains parlent d’un médicament qui pourrait être très intéressant pour le milieu gay. Au fond, c’est comme si on remplaçait l’utilisation du préservatif par un médicament très coûteux. Pourtant, on crie « Eureka ! » pour un Truvada qui me semble pas mal abracadabra…

Je voulais partager avec vous un article très intéressant sur ce Truvada, du journaliste Didier Lestrade, cofondateur d'Act Up Paris (Source : http://www.rue89.com/ )

 Morceau choisi de l’article :

Jusqu’à 12 000 dollars par an

Si Truvada permet de protéger les personnes séronégatives à très haut risque d’infection (soit parce qu’elles n’ont pas accès au préservatif, soit parce qu’elles refusent de l’utiliser), c’est avec un coût : pouvant aller jusqu’à 12 000$ par an.
Il y a donc une question éthique essentielle : comment dépenser cette somme pour des personnes non infectées par le VIH quand des millions de malades du sida meurent toujours car elles n’ont toujours pas accès à ce traitement dans le monde ?
N’est-ce pas incroyablement cynique de développer des traitements pour des maladies que les gens n’ont pas encore ?

 
La XIXe Conférence internationale sur le sida ouvre ses portes à Washington, et de Françoise Barré-Sinoussi, prix Nobel et co-découvreuse du VIH, à l’association Aides, tous envisagent la « fin du sida ».
L’homologation américaine, le 16 juillet, du Truvada, bouleverse toute l’approche de cette maladie. C’est la première fois qu’une bithérapie est autorisée pour prévenir l’infection et il faut le dire : personne n’est prêt.
La décision de la Food and Drug administration (FDA), si elle était prévue par tout le monde, a néanmoins paralysé les associations et les institutions. Les médecins français sont divisés sur son intérêt. Les grandes agences institutionnelles comme l’Agence nationale de recherches sur le sida (ANRS) n’ont toujours pas d’avis tranché.

Une révolution dans la prévention ?

Pire, les associations sont elles-mêmes divisées et surtout, elles ne sont pas parvenues à un consensus clair qui puisse être expliqué aux nombreuses personnes (séropositives ou non) qui se demandent si la commercialisation du Truvada est un « game changer », quelque chose qui modifie à jamais les principes de la prévention sida traditionnelle.
Déjà, de nombreuses rumeurs anecdotiques font état de la vente au marché noir du Truvada dans certains bars du Marais, à Paris, pour... 20 euros la dose.
Le Truvada est un traitement contre le sida connu de tous depuis 2004, date de sa première commercialisation. En quelques années, il est devenu le fer de lance de son producteur, le laboratoire américain Gilead Sciences, qui s’est imposé comme leader dans le sida.
Parallèlement, Gilead s’est engagé dans des essais thérapeutiques parfois controversés, mais soutenus par la FDA et la fondation Bill et Melinda Gates, dans la prophylaxie pré-exposition (PrEP) : évaluer l’administration de ce traitement chez les personnes très à risque d’infection du sida (travailleurs du sexe, toxicomanes, couples sérodifférents, gays prenant des risques sexuels, etc.).
Ces essais ont montré une diminution du risque d’infection grâce au Truvada de 44% chez les gays et de 75% chez les hétérosexuels. En France, un essai majeur, Ipergay, tente d’approfondir cette question.

La « success story » du sida inattendue

Dans la communauté sida, tout le monde savait que le Truvada allait montrer son efficacité dans la prévention. Les études cliniques ont été lancées depuis le milieu des années 2000.
Gilead a eu la très bonne idée de donner ses traitements VIH à très bas prix dans les pays en développement où il est le plus nécessaire. On ne peut même pas attaquer ce laboratoire sur sa mauvaise stratégie : elle est parfaite, contrairement à celle des gros laboratoires traditionnels.
Non seulement Gilead développe des molécules efficaces, avec moins d’effets secondaires, mais ses traitements deviennent des options encourageantes dans d’autres affections comme les hépatites et même certains cancers. Bref, Gilead est la success story du sida.
Mais voilà, personne n’a anticipé ce tournant majeur dans la lutte contre le sida. C’est comme si la recherche allait trop vite.

Jusqu’à 12 000 dollars par an

Si Truvada permet de protéger les personnes séronégatives à très haut risque d’infection (soit parce qu’elles n’ont pas accès au préservatif, soit parce qu’elles refusent de l’utiliser), c’est avec un coût : pouvant aller jusqu’à 12 000$ par an.
Il y a donc une question éthique essentielle : comment dépenser cette somme pour des personnes non infectées par le VIH quand des millions de malades du sida meurent toujours car elles n’ont toujours pas accès à ce traitement dans le monde ?
N’est-ce pas incroyablement cynique de développer des traitements pour des maladies que les gens n’ont pas encore ?

Pour compliquer encore plus la situation, ce chiffre de 12 000 dollars est trompeur. Dans son blog sur Mediapart, Vincent Verschoore n’a pas l’air d’avoir compris l’équation : il n’est pas vraiment question de donner du Truvada tous les jours à des personnes séronégatives.
A l’occasion de la conférence de Washington, l’’OMS va publier un guide d’utilisation des antirétroviraux comme prévention chez les séronégatifs. La FDA prépare en ce moment même des profils d’indications.
L’idée de base, c’est de prendre du Truvada avant des relations à risques. On pourrait commencer par un certain profil de personnes. Par exemple, chez les gays, nombreux sont ceux qui n’ont pas de relations sexuelles pendant la semaine (ils travaillent) et se lâchent pendant tout le week-end.
Ici, le Truvada serait administré le vendredi. Il s’agit donc d’administrations intermittentes, ce qui réduit grandement le coût sur le long terme. De plus, on peut toujours argumenter que le traitement et le suivi à vie d’une personne séropositive coûterait effectivement beaucoup plus cher à la société.

Oui, une pilule contre le sida mais...

Les associations et les institutions ont un rôle fondamental : expliquer ce maelstrom de nouvelles contradictoires. Pour l’instant, l’homologation du Truvada par la FDA nous dit une chose : il existe une pilule contre le sida.
C’est ce que tout le monde comprend, et forcément, ce n’est pas si simple. C’est même une idée incroyablement contre-productive en termes de prévention et de compréhension de l’épidémie.
Super, c’est plus la peine de vous embêter avec les capotes, il y a un traitement qui les remplace ! Ben non, la capote protège toujours du VIH, des hépatites et des IST. Et surtout : les essais qui ont montré l’efficacité du Truvada ne sont pas représentatifs de la vraie vie.
Les participants ont bénéficié d’un soutien maximal, avec des rappels à la prévention, du matériel offert, bref, il y a beaucoup de biais scientifiques. L’efficacité du Truvada pourrait être moindre dans la vraie vie – comme elle pourrait être plus élevée, on verra ça avec les nouvelles données qui vont arriver.

Le Truvada, ça commence par le Marais

Le problème, c’est qu’avec chaque nouvelle thérapeutique, comme la récente commercialisation des autotests de dépistage, les associations ne savent pas quoi dire. C’est comme si les professionnels ne parvenaient pas à digérer en temps réels l’avancée de la science. Qui aurait pu imaginer qu’une mutithérapie soit si efficace qu’elle réduise les risques d’infection au VIH parmi les groupes les plus exposés ?
Si on ajoute Truvada à tous les autres outils de prévention aujourd’hui disponibles (les gels microbicides, la circoncision dans certains pays africains, les tests rapides et le traitement en tant que prévention), la lutte contre le sida dispose désormais d’une protection venant d’angles très divers.
Au lieu de regarder le Truvada d’une manière paranoïaque (c’est Big Pharma qui gagne encore) ou peureuse (dans les pays riches, c’est un médicament qui va être surtout utilisé par les gays et donc il y a un problème ici de « jugement » car il faudra bien payer la note), nous devrions regarder l’immense impact que peut avoir cette révolution dans les endroits les plus touchés par le sida.
Les noyaux d’infection, les zones à très haute prévalence. Et là, Paris et sa banlieue ont des taux aussi élevés que certaines régions d’Afrique. Est-ce que les gouvernements, les institutions et surtout les associations vont se montrer courageuses pour assécher littéralement le pool de VIH dans le Marais ? Le Truvada, ça commence par la Rue de la Verrerie [qui concentre beaucoup de sexclubs gays, ndlr] à Paris. Et là, symboliquement, ça fait mal.

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